En Thaïlande, le Code foncier (Land Code B.E. 2497) interdit aux étrangers de détenir un terrain en nom propre. Acheter une maison à vendre en Thaïlande revient donc à acquérir un bâtiment sans posséder le sol sur lequel il repose, sauf à recourir à des montages juridiques précis. Cette contrainte fondamentale conditionne chaque décision d’achat et ouvre la porte à des pièges que la plupart des annonces immobilières ne mentionnent pas.
Contrôles renforcés sur les sociétés prête-nom en Thaïlande
Depuis mai-juin 2026, le Department of Lands et le Department of Business Development ont lancé une campagne nationale de contrôle systématique des sociétés thaïes utilisées pour détenir des terrains au profit d’étrangers. Les instructions écrites ont été envoyées aux gouverneurs provinciaux pour enquêter sur tout montage suspect.
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Concrètement, les autorités ne se contentent plus de vérifier que 51 % du capital appartient à des Thaïlandais. Elles exigent désormais des audits complets de l’actionnariat, de l’activité réelle et de la provenance des fonds. Les transactions sont automatiquement ciblées dès que le prix en cash dépasse 2 millions de bahts ou que la valeur officielle du bien dépasse 5 millions de bahts.
Les sanctions sont lourdes : révocation du titre foncier, obligation de vendre le terrain dans un délai fixé, amendes pouvant atteindre 1 million de bahts et prison jusqu’à 3 ans au titre du Foreign Business Act. Un Français qui achète une villa via une société dont les actionnaires thaïlandais n’ont aucun rôle réel dans l’entreprise s’expose directement à ces poursuites.
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Leasehold ou société thaïe : deux structures juridiques à distinguer
Deux options légales permettent à un étranger d’accéder à une maison en Thaïlande. Chacune répond à un besoin différent, et aucune n’offre la même sécurité.
Le bail emphytéotique (leasehold)
Le leasehold consiste à louer le terrain pour une durée maximale de 30 ans, renouvelable. Le bâtiment peut appartenir à l’étranger, mais le terrain reste la propriété d’un Thaïlandais ou d’une entité locale. Cette formule est la plus transparente juridiquement.
Le renouvellement du bail au-delà de 30 ans n’est pas garanti par la loi. Aucun tribunal thaïlandais n’est tenu de faire respecter une clause de renouvellement inscrite dans le contrat initial. Le locataire dépend donc de la bonne volonté du propriétaire foncier, ou de ses héritiers si celui-ci décède entre-temps.
La société thaïlandaise (Thai Company Limited)
Créer une société thaïe pour acheter le terrain reste possible, mais le durcissement de 2026 change la donne. La société doit avoir une activité commerciale réelle, des actionnaires thaïlandais disposant de moyens financiers vérifiables, et des comptes audités. Un montage purement patrimonial, sans chiffre d’affaires ni employés, attire désormais l’attention des autorités.
Pour une maison à Phuket ou Pattaya, les deux zones les plus surveillées, le risque est particulièrement élevé.
Vérifications du titre foncier avant achat immobilier en Thaïlande
Le titre de propriété du terrain est le document le plus critique de toute transaction. En Thaïlande, plusieurs types de titres coexistent, et tous ne confèrent pas les mêmes droits.
- Le Chanote (Nor Sor 4 Jor) est le seul titre qui certifie une propriété pleine et entière du terrain, avec des coordonnées GPS précises. Toute maison achetée sur un terrain sans Chanote présente un risque de litige foncier.
- Le Nor Sor 3 Gor permet la vente mais avec un bornage moins précis. Un voisin peut contester les limites du terrain.
- Le Nor Sor 3 (sans Gor) offre encore moins de garanties et nécessite un affichage public de 30 jours avant toute transaction.
- Les titres de type Sor Kor 1 ou Tor Bor ne sont pas des titres de propriété mais de simples droits d’usage, souvent liés à des terrains agricoles non transférables.
Vérifier le titre foncier directement auprès du Land Office local est une étape que beaucoup d’acheteurs délèguent à l’agent immobilier. C’est une erreur. Un avocat indépendant, rémunéré par l’acheteur et non par le vendeur, doit effectuer cette vérification et confirmer l’absence de servitudes, d’hypothèques ou de litiges en cours.

Quota de 49 % pour les condominiums : une alternative plus sûre
Un étranger peut être propriétaire en pleine propriété (freehold) d’un appartement dans un condominium, à condition que le quota étranger de l’immeuble ne dépasse pas 49 % des surfaces totales. Cette règle, issue de la Loi sur les condominiums B.E. 2522, est la seule voie d’accès à la propriété foncière directe pour un non-Thaïlandais.
Ce quota se calcule sur l’ensemble de l’immeuble, pas étage par étage. Avant de signer, il faut demander au juriste de la copropriété un certificat confirmant que le quota n’est pas atteint. Si l’immeuble est déjà à 49 %, l’achat ne pourra se faire qu’en leasehold, avec les limites décrites plus haut.
Pour le financement, les banques thaïlandaises ne prêtent quasiment pas aux étrangers. L’achat se fait généralement en cash, via un virement international. Le certificat de transfert de devises (Foreign Exchange Transaction Form, ou FETF) est obligatoire pour enregistrer la propriété au Land Office. Sans FETF, pas d’enregistrement au nom de l’acheteur étranger.
Prix du marché immobilier et zones à surveiller
Le marché immobilier thaïlandais varie considérablement selon les régions. Pattaya et Phuket concentrent la majorité des transactions étrangères, avec une forte présence d’acheteurs chinois qui a fait monter les prix dans certains segments du marché des condominiums ces dernières années.
Bangkok reste le marché le plus profond en volume, avec un éventail de prix très large selon les quartiers. Les villes secondaires comme Chiang Mai ou Hua Hin offrent des tarifs plus accessibles, mais avec un marché de revente moins liquide.
Pour une maison avec piscine et vue, les prix affichés en ligne ne reflètent pas toujours la réalité. Les frais de transfert au Land Office (environ 2 % de la valeur estimée par l’administration), la taxe d’affaires spécifique et le droit de timbre s’ajoutent au prix de vente. Ces frais se négocient entre acheteur et vendeur, mais en l’absence de discussion préalable, c’est souvent l’acheteur qui les assume.
La Thaïlande ne manque pas de maisons à vendre. Le piège n’est pas de trouver un bien, mais de sécuriser une structure de détention qui résiste aux contrôles actuels, sur un terrain dont le titre est irréprochable, avec un accompagnement juridique qui ne dépend pas du vendeur.

